Parabole

2009 novembre 4
par VasyLéon

Calcul-19Rare de voir un blanc de souche le nez dans sa bible, voir même sa biblette.

Elle repose plus souvent dans des mains cérémonieuses, cajoleuses et noires. Et si vous levez les yeux, vous verrez un visage tout aussi noir, serin ou soucieux, toujours contemplatif. Rien à voir avec l’autre, plus nerveux, plus clair et dont les yeux baignent dans un coran ou tout autre guide du parfait petit extrémiste.

Le blanc de souche est plus pragmatique, rêve à son chalet, à la grosse paix, si seulement il pouvait rafler la cagnotte du Lotto Max; que de rêveries, les yeux perdus, insensibles aux stations qui passent.

Ou alors il fait des maths, pour freiner une érection grandissante, parce qu’encore en tête la nuit et son odeur; les jeux qu’elle lui a appris à réapprendre. Je suis nul en maths, alors pour faire diversion de mes caleçons je me concentre sur ma voisine, grosse truie qui ne rêve qu’au diner les yeux au bord du gouffre, comme s’il n’y avait pas de lendemain, torturée de voir diminuer à chaque bouchée son beagle fromage extra bacon.

Je l’imagine sortir de sa tour, six à sept fois par jour pour fumer, pour tirer sur sa cigarette avec le même désespoir, goûter son plaisir jusqu’au kotex.

Alors seulement et vivement mon arrêt, je peux me lever, digne et sans perchoir.

Questions fiffesques

2009 novembre 2
par VasyLéon

gay_festival-2007Ce matin j’ai dû en rasseoir un qui était trop content d’être heureux.

Trop insistant.

Ça n’avait rien de rigolo, suis sorti sans demander mon reste, c’est-à-dire sans mon café.

C’est à dire, encore, avant de frapper.

 

Suis-je malade ?

Doit-on m’enfermer si j’hyperventile quand au hasard de la zapette, je tombe sur Alex Perron ? Suis-je “normal” si j’ai un haut le cœur quand au cinéma on me passe une scène de minouches entre deux hommes, quand des humoristes – mâles – jousent à se frencher un soir de gala, quand au coin de la rue y en a deux qui se prennent les mains, quand les médias me rapportent avec le plus grand sérieux les images d’une parade de tantouses, au nom de la différence ?

Dois-je consulter si je m’étouffe quand Yvon Deschamps – Toute une famille: mon père et son amoureux, à Télé-Québec – me narre sans rire l’histoire d’un père de deux chinoises adoptées qui sort du placard à 50 ans (c’est si simple entre deux hommes, qu’il disait, il n’y a pas de babouneries – come on !), si je pogne mon air quand Michel qui me coupe les cheveux me propose de me faire une trime chez lui dans le particulier, si je saigne du nez quand le fou du roi se la joue un peu trop tapette et que l’assistance lui retourne l’ascenseur avec des ”Whooo whooo !” complices, si je capote à l’idée qu’un jour mon fils vienne m’annoncer qu’il aime un autre gars, si je me passe en boucle la scène où Yvon Ponton dans Lance et compte – qui surprend le sien au lit avec un autre – le sort de chez lui à coups de pied au cul en le traitant de “gauge à marde” ? 

Si je préfère rentrer chez moi sale et en sueur après la game plutôt que d’avoir à endurer le festival du paquet dans la douche commune ?

Si ça m’allume pas, moi, faire à manger ?

Si je me demande si on a encore le droit d’être un gars ?

Un indien dans ma vie *

2009 octobre 28
par VasyLéon

indianhead640x480Je suis passé tout droit ce matin. C’était à peine prémédité. Juste trop mal à l’aise pour aller jusqu’au bout de l’envie qui me faisait défaut: celle d’aller travailler.

Au moins,  je me disais, au moins j’aurai droit à un voyage tranquille, à un transport avec de l’air et de l’espace pour mon expansible bulle. Que non ! C’est juste la faune qui change, en l’occurrence un agglutinement de p’tits vieux, terrorisés, qui écoutent trop TVA; vont se mettre en ligne pour Le vaccin, faudrait surtout pas crever avant ce soir 

Ce soir c’est La Poule.

À TVA, là où on apprend que de texter en voiture c’est pas sécuritaire. Vraiment ? Et se fouiller dans le nez, Madame ? 

Le nez, oui, dans mon livre pour les oublier, les yeux plantés dans ses mots pour être ailleurs, je l’ai senti, aigre comme toujours, et j’ai mis ça sur le dos de l’habitude, puisque chaque matin, et j’ai fait des tests, de très tôt à la limite de caller malade, comme s’il m’espionnait, il est toujours dans mon sillage, pendu à un poteau tout près de moi, dans des habits ne datant plus de la dernière fraicheur et des restes de sa choumoule typique et natale se fossilisent tranquillement dans sa barbe.

Ce n’était pas l’habitude. Il était bien réel et puait de son odeur de pays venu de loin qui est le sien et non le mien. La largesse de mon esprit n’arrive tout simplement pas à m’en faire un frère, un ami, un passant ni même un figurant. Il est répugnant et beaucoup trop brun avec une teinte de jaune qui s’éjecte des ses pores.

Peut-être fut-il le meilleur des compagnons avec qui manger avec les doigts et chasser les tribus rebelles sous des soleils à turbans, des jours à deux bosses où vague le sable telle une mer sans eau.

Peut-être.

Pas ici.

Ici il donne envie de vomir quand bêtement un timide trait de soleil d’octobre l’aveugle et qu’il sourit de ses palettes encore aux prises avec son petit déjeuner, typique, natal, de son pays venu de loin qui n’est pas le mien.

Pas le mien.

Justement.

* La nationalité de mon nouvel ami est présumée. Je suis nul en pays.

Trouvailles à la biblio

2009 octobre 28
par VasyLéon

Defauts

 p 169

“Cette femme, c’est ton pays, celui que tu connais si bien que tu peux en voir les côtés cachés: ses cuisses, ses sous-vêtements sous la robe et même sentir ses parfums.”

 

 

Sans titre

“L’ex-boxeur, reconverti en serrurier horloger est au centre d’un autre combat, amoureux celui-là, que se livrent les deux tantes des narrateurs : deux vieilles filles aigries jusqu’à la moelle, qui cachent de frémissants secrets sous une bigoterie imparable.”

 

Play

2009 octobre 22
par VasyLéon

110040-benoit-labonteAllez-y, ressortez moi votre cassette. 

Sont pas tous corrompus, y a du bon monde en politique, du monde qui veut vraiment changer les choses…

Photo: David Boily, La Presse

La première fois

2009 octobre 17
par VasyLéon

sexe-mode-emploiJe suis nul en premières fois.

Je ne m’en cache pas. Ou plus. C’est ma marque de commerce. Le stress, j’imagine. La faute à la Sacro-Sainte performance ? Sûrement. Pense trop, aussi. Trop souvent à l’autre, au spectre de l’ex petit ami, mari, bon gars ou total imbécile, salaud, cochon, jaloux, bedaine ambulante.

Joueur de balle molle.

Crétin fini.

Je pense à lui pour la simple raison qu’il n’est jamais agréable de savoir sa (ex) fiancée dans les bras d’un autre.

Nul au premier but, maladroit, mais vous devriez me voir voler le troisième; j’assure, je vous le jure.

Si vous pouviez seulement me laisser le temps de prendre mes repères. 

Le temps, sacrament.

Si je me masturbe ?

Euh, oui.

Souvent, même. Aussi régulièrement, machinalement que la cigarette du soir. Ça commence dans mes lointains fantasmes, trop souvent délavés. Ça fini devant une photo cochonne de l’Internet – boys will be boys – pour cracher le venin, pour garder un semblant d’équilibre.

Je bande – encore – donc je suis.

Mais pourquoi tant de questions, d’entrée de jeu ? Pourquoi ce besoin de tout détailler tout de suite ? Non. Oui. Là. Pas là. Ta main. Ton doigt. Comme çà. Ici. Non. Pas comme çà. Criss ! Menute ! Je vais aller chercher de quoi prendre des notes, un coup parti.

Et la découverte, dans tout ça ? Me semble qu’on pourrait se passer de mots, de questions trop directes, du moins au début. Je préfère piloter sans instruments. Me fier au vent, aux frissons, aux caresses, à la moiteur de votre chatte. Désolé. J’ai cette fichue envie d’y enfouir ma langue, de vous goûter, de sentir tout votre corps se cambrer.

Pardon, vous préfèreriez que je vous fourre, là, comme çà ?

Vous m’envoyez perplexe.

C’est que, voyez vous, la dernière fois que j’ai voulu jouer au salaud, décharger puis me tirer pour faire comme mes semblables qui, eux, sans trop comprendre pourquoi alignent les conquêtes, je suis tombé sur une proie qui rêvait de tendresse, de caresses, du simple contact de ma peau.

Rêvait de prendre le temps.

Voir même de l’arrêter.

Si je me masturbe ?

Oui, souvent.

Ça a l’avantage d’être moins compliqué.

El fuego

2009 octobre 13
par VasyLéon

por-el-fuegoCe que je peux en faire des niaiseries, quand je suis en amour. 

Comme d’accepter de l’accompagner à un spectacle de tango-opéra-quartette.

Les anges, on le sait, sont captivés par l’art des mortels.

Comme m’étouffer au beau milieu d’un solo de soprano; un glaçon trainant au fond de mon rhum coke et passé right trou lorsque négligemment suçoté, cherchant ainsi à occuper le temps qui meublait mon total désintérêt pour le spectacle sur scène.

Les anges en permission ont aussi terriblement envie de baiser, j’en aurai la preuve plus tard, mais j’en suis encore à rêver de lui prendre la main, au malaise du premier baiser, du premier frisson et pour l’heure, aux prises avec une hypothermie gorgienne.

Je pleure et suffoque par en-dedans. Putain de glaçon qui prend son pied à ne pas vouloir fondre !

Ma vue se brouille, mon ouïe s’éteint, les notes ne sont plus que de vulgaires aboiements et je me sens sombrer.

Les gens se lèvent tel un tsunami.

Le quartette salue bien bas.

Je reste seul et sans air.

Je mourre.

Une langue de feu vient s’engouffrer dans ma bouche.

Je vis.

Les anges, au lit comme pour vous sauver la vie, n’ont rien à faire des préliminaires.

J’en ai présentement la preuve.

3 secondes

2009 octobre 4
par VasyLéon

Chronometre-762130J’en suis à me demander qu’est-ce qui peut bien me pendre au bout de la gueule.

Tous ces gens qui me sourissent en me donnant du Monsieur, du merci, et passez une belle journée, et pourquoi pas salutations à vot’ dame, un coup parti.

Bon. Oui j’ai rencontré quelqu’un. Oui elle est magnifique. C’en est à se demander ce qu’elle peut bien me trouver. Mais les symptômes restent les mêmes, j’e suis toujours allergique.

À mes semblables, je veux dire. Là-dessus, rien n’a changé. Je déteste toujours me retrouver en leur présence et bon Dieu que je peux comprendre ceux qui préfèrent moisir dans leur voiture plutôt que d’avoir à subir ce troupeau qui chaque matin se laisse docilement engouffrer dans les tunnels de l’abattoir urbain.

Aux chiottes Kyoto, j’irai pas me morver collectivement dans le creux du coude.

Tout ça pour vous dire que vendredi j’étais heureux de ce bonheur doux et silencieux et pur que seuls ceux qui ont décidé d’en finir avec leur vie à la con peuvent connaitre.

C’est fou ce qu’on peut redeviendre croyant un canon collé sur la tempe, combien subtile peut être cette  dernière gorgée de vin, pesantes les dernières secondes.

Ma main s’est mise à trembler. Ce n’était pas tant le geste que je m’apprêtais à commettre que le souvenir de cette érection majestueuse qui donnait tant de poids au fusil. Enflure qui m’avait pris par surprise une fois calé dans le fond du taxi qui m’extirpait de cette nuit où je m’étais mis en tête d’écumer les bas instincts du centre-ville  afin de dénicher de quoi me faire sauter la tronche.

Bandage incontrôlable quand ma main caressa la crosse bien cachée dans la poche intérieure de ma veste.

Enfin j’ai fait une petite prière avant de presser la détente, Lui demandant une ultime fois ce qu’il lui avait pris de me fichtre comme ça sans raisons sur cette terre. Moi tout ce que je demandais c’était d’aimer, un bien pâle projet, comparé aux chimères des hommes.

Je lui ai donné trois secondes avant de commettre l’irréparable.

Deux.

Pour me répondre, me faire un signe ou m’envoyer un ange.

Un.

Avant que je n’ouvre la porte des cieux et lui pète sa yeule en sang.

Knock Knock Neo

- Bonsoir, excusez moi de vous déranger mais est-ce que je pourrais téléphoner, c’est que je suis tombée (du ciel) en panne.

Les anges n’ont donc pas de cellulaire ?

Première page

2009 septembre 22
par VasyLéon

9782259208116-gLes accidents, comme l’amour, frappent ceux qui s’y attendent le moins, souvent avec violence.

Les kids

2009 septembre 11
par VasyLéon

kid-paddle-         Vous êtes qui, vous ?

“Martin !!!”

Et sur cette exclamation, Arnaud me saute dans les bras.

Moment magique.

Voilà pour les présentations.

-         Vous n’êtes pas sur la liste.

Alors je lui raconte qu’une heure plus tôt: «… pis je vais être en retard, pis mon boss est un trou de cul, pis c’est la rencontre des parents, pis c’est la soirée d’inscription pour ses cours de natation… peux-tu passer au centre de garde…?»

-         Bref, la maman va être en retard.

-         Mais vous n’êtes pas…

-         Sur la liste, oui, j’ai compris.

Je fais le tour, pendant que dans mon cellulaire, ma copine monoparentale donne un char de marde exaspéré au gardien du centre. Des jeux, mais surtout une flopée d’ordinateurs, tous accaparés par une jeunesse cathodique et impatiente, la cadence des processeurs n’arrivant manifestement pas à calmer leur appétit sensoriel.

Je me lasse vite de leurs petits programmes pseudo-éducatifs. J’opte plutôt pour une veille boite de Monopoly. Je déploie le plateau du jeu sur une petite table et m’assois sur la petite chaise, ce qui me donne un air légèrement attardé.

Quelques frimousses me dévisagent. Peu de temps après la table est envahie. Il n’y a pas vraiment de règles. C’est moi le banquier, ze big boss, et tous finissent par m’imiter, comptant leur argent, un stylo feutre de travers dans la bouche en guise de cigare. C’est la pagaille. On a du fun. Le gardien ne semble pas approuver mais, trop content d’avoir un break, ne s’avise pas d’intervenir.

J’ai plusieurs nouveaux amis, dont certains m’ouvrent leur cœur pour que j’y grave mon nom. C’est si facile, me dis-je, de s’émerveiller avec eux.

Alors pourquoi j’en ai pas, moi, des enfants ?

Quelques parents débarquent, courants d’air le cul en-dessous du bras. Ils ramassent machinalement progéniture, sacs à dos et boites à lunch, puis disparaissent, abrutis par les piaillements des ti-culs qui s’obstinent à vouloir raconter leur journée.

J’ai ma réponse.