Sept

On parle beaucoup des sept jours du talion ces temps-ci.

On aura compris, à force de vendre le film avant même sa sortie, compris la petite morale bonbon qui s’en dégage, comme si on voulait s’assurer de ne pas déclencher un tsunami de parents vengeurs.

La vengeance n’est pas libératrice, semble-t-il, même qu’elle serait douleur, ou enfin un truc du genre.

Bon.

Tant qu’à moi, que je me disais dans mon livre profond à moi, si un jour je devais me retrouver nez à nez avec l’agresseur de mes enfants, je lui pèterais la yeule en sang avec tout ce qui me tomberait sous la main.

La lui pèterais solide.

Quitte à faire de la prison.

Me semble que la question ne se pose même pas.

Noir comme le jour

Non, je ne vais pas vous écrire sur Haïti la damnée, les médias s’en chargent très bien, z’en jouissent z’é renchérissent, tapent sur le clou, pressent la tragédie comme un citron.

Non.

Il s’agit de moi.

Moi le ténébreux, telles ces mortes idoles qu’on dessine sur fond de « diners » et qu’on lamine à bas prix dans les marchés aux puces.

Suis-je heureux que tu me demandes ? Bof ! Oui quand je te vois sinon j’ai horreur des ceuses qui se font sécher les dents en permanence. Vois pas ce qu’il y a de si merveilleux à vivre cette vie qui pourrait être tellement plus.

Plus de rêves.

Plus d’amour.

Moins de morrons.

J’ai toujours eu ce côté même pas fabriqué. Côté tristounet et solitaire qui parfois attire les anges.

Quand je te vois y a plus rien qui compte alors pourquoi tu veux déjà m’éteindre la flamme, mettre des mots sur mes sentiments et peindre mon agenda d’activités sans sucre ?

Pourquoi me tirer les vers du nez ?

Me cataloguer ?

Me trouver mes défauts pour ensuite les rire avec tes amies ?

Je ne suis plus ton sombre et énigmatique désir.

Juste un pratique pousseux de carrosse chez Costco.

Le syndrome de la garnotte

  • Rien ?
  • Rien
  • T’es sûre ?
  • Ta présence, c’est mon cadeau
  • Quand même, c’est noël pis ta fête en même temps…
  • Laisse. Te casse pas la tête, je te dis

Un ange, je vous dis, si c’est pas Jésus soi-même avec qui je baise.

Reste qu’un homme sait quand le vent souffle de la bullshit. Il sait que sa simple présence ne suffira pas.

Je suis un homme.

Amoureux.

Alors même si j’en n’ai royalement rien à crisser de l’or blanc, jaune, l’argent ou l’éteint surmonté d’une roche, je vais stresser des jours durant, me faire conseiller par des matantes ou de jeunes vendeuses trop maquillées trop parfumées pour enfin n’y pouvant plus faire un choix de garnotte et comme dessert lui voir la face se déconfiturer comme si la vie n’avait plus de sens.

J’ai mal choisi.

N’ai pas su la cerner. La comprendre.

La sentir.

Comment lui dire que je l’aime mais que j’en n’ai rien à battre de sa fête, toutes les fêtes, la mienne comprise ?

Les hélices de TVA

Pourquoi j’ai eu une petite jouissance interne à peine voilée quand j’ai appris la nouvelle de l’écrasement ?

Bon. Pas de morts. Ma main au feu que les patrons de TVA sont déçus. Sincèrement je veux dire, derrières leurs cravates de point de presse de mines affectées.

Des morts auraient ajoutés trois quatre jours à la nouvelle, des close-ups de larmes de familles dévastées juste avant les fêtes, menoum !

Pas besoin d’être devin.

À force de courailler les chats morts ou les tempêtes de neige, un moment donné…

De toute façon.

Z’auraient une navette ou des f-18, z’inventeraient la téléportation que ça resterait de la nouvelle de bs d’acheteux de gratteux de poules.

Une page au hasard

Page 256.

Francis garda le silence, puis émit un commentaire qu’il mûrissait depuis un moment déjà:

- Les surprises, c’est pas nécessairement le fun…

Novembre s’étire

Regardez dehors, ça vaut le coup d’oeil.

La nature sait y faire en teintes de gris.

Une page au hasard

Page 35

Le jour le soleil banni tourne autour de la terre comme une mère en deuil tenant une lampe.

Noir et blanc

black-hat-white-hat-struggleIl y avait cette femme. 

Un malaise, j’imagine. Cette jeune femme couchée sur le brancard, les yeux fuyants, apeurés. Des policiers escortaient les ambulanciers, des policiers nerveux, agacés, écœurés.

Je n’invente pas les couleurs. Ils étaient noirs. Z’auraient pu être blancs ou jaunes; la bêtise s’en contre-crisse.

Ils jacassaient comme une bande de babouins en rut, riaient franchement et sincèrement du malheur de la jeune femme, tellement qu’un policier leur jeta un regard qui voulait tout dire.

«On est dans un pays libre, on a le droit de rester, a répondu le chef de la meute»

Le droit de faire chier.

J’ai cru lire sur les lèvres de la souffrante, juste avant qu’elle ne sombre dans la ouate confortable et rassurante, j’ai cru déchiffrer son murmure:

«Si vous pouviez leur crisser une volée

Monsieur l’agent»

Le reste on le lira peut-être demain dans le journal de Montréal; un jeune adolescent a été sauvagement agressé par un policier, sauvagement et sans raisons apparentes…

 

Salut Raymond

1970 Lincoln ContinentalBon voyage…

Parabole

Calcul-19Rare de voir un blanc de souche le nez dans sa bible, voir même sa biblette.

Elle repose plus souvent dans des mains cérémonieuses, cajoleuses et noires. Et si vous levez les yeux, vous verrez un visage tout aussi noir, serin ou soucieux, toujours contemplatif. Rien à voir avec l’autre, plus nerveux, plus clair et dont les yeux baignent dans un coran ou tout autre guide du parfait petit extrémiste.

Le blanc de souche est plus pragmatique, rêve à son chalet, à la grosse paix, si seulement il pouvait rafler la cagnotte du Lotto Max; que de rêveries, les yeux perdus, insensibles aux stations qui passent.

Ou alors il fait des maths, pour freiner une érection grandissante, parce qu’encore en tête la nuit et son odeur; les jeux qu’elle lui a appris à réapprendre. Je suis nul en maths, alors pour faire diversion de mes caleçons je me concentre sur ma voisine, grosse truie qui ne rêve qu’au diner les yeux au bord du gouffre, comme s’il n’y avait pas de lendemain, torturée de voir diminuer à chaque bouchée son beagle fromage extra bacon.

Je l’imagine sortir de sa tour, six à sept fois par jour pour fumer, pour tirer sur sa cigarette avec le même désespoir, goûter son plaisir jusqu’au kotex.

Alors seulement et vivement mon arrêt, je peux me lever, digne et sans perchoir.